Taïwan, à trois mois de la fin des déchets alimentaires pour les porcs : ce que montrent certains sites de BSF

Le 29 septembre est la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture, instaurée par l’ONU en 2019 [1]. L’édition 2026 est la septième ; son thème porte sur le potentiel de transformation de la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires [2].

À Taïwan, les déchets alimentaires des ménages ne peuvent plus servir à nourrir les porcs depuis le 1er janvier 2026. Au 1er janvier 2027, l’interdiction s’étendra à tous les déchets alimentaires [3]. L’île en produit environ 2 115 tonnes par jour, dont environ 1 324 tonnes étaient jusqu’ici destinées à l’élevage porcin [4]. J’ai présenté ce calendrier et ses conséquences dans un précédent article .

Les chiffres

Entre le 23 octobre et le 11 décembre 2025, environ 1 755 tonnes de déchets alimentaires par jour ont dû être écoulées en urgence : 51 % sont parties en incinération, 5 % en décharge, et 3 % (55 tonnes) vers les sites se servant de BSF [3].

Les larves de mouches soldats noires, ou Black Soldier Fly (BSF, Hermetia illucens, 黑水虻), font partie des voies de valorisation retenues par le ministère de l’Environnement, avec le compostage et la biométhanisation [5]. Leur capacité de traitement était d’environ 72 tonnes par jour en 2025 ; l’objectif est de 213 tonnes fin 2026 [6].

錢柏綸 (Qián Bǎilún), fondateur de 循創生物科技 (Xúnchuàng Shēngwù Kējì), qui exploite le plus grand site commercial de BSF de l’île à Huwei (Yunlin, Taïwan), juge ce rythme de croissance plutôt optimiste et ne pense pas que les BSF puissent à elles seules résoudre la question des déchets alimentaires [7].

Ce que rapportent les sites

Hors de Taïwan, une étude de cas menée à l’Universiti Putra Malaysia décrit l’échec initial d’un élevage sur déchets alimentaires hospitaliers en serre grillagée : selon son résumé, un substrat excessivement humide a entraîné en trois jours une colonisation fongique, une faible activité des larves, l’intrusion de nuisibles et une mortalité présumée [11].

Un point débattu

Une partie de la presse taïwanaise présente la forte teneur en huile et en sel des déchets alimentaires locaux comme une difficulté pour les larves [6]. L’Administration de gestion environnementale indique pour sa part une teneur moyenne en huile de 5,72 %, et estime que le broyage et l’essorage en retirent l’essentiel [12].

En résumé

Dans les cas documentés ici, les difficultés rapportées portent sur l’humidité, les déchets non alimentaires mêlés aux apports et les odeurs. Les responsables des sites qui fonctionnent citent l’éloignement des habitations et la rapidité de traitement.

Pourquoi j’écris sur ce sujet

Si je rassemble ces chiffres, c’est parce que je pense qu’il est nécessaire d’agir, et que l’on peut le faire à notre échelle. Agir localement a des effets mesurables : à tonnage égal, les petites installations de compostage emploient près de cinq fois plus de personnes que les grandes [13]. Mais local ne veut pas dire automatiquement plus sobre : une étude portant sur 59 installations de traitement à Shenzhen a montré que les unités décentralisées avaient un bilan carbone moins bon que les installations centralisées, parce qu’elles consommaient beaucoup d’énergie sans valoriser pleinement la matière organique [14]. Agir localement, oui — à condition de le faire bien.

Les deux réussites décrites plus haut, à Hemei et à Sanyi, ont un point commun : elles sont menées par l’équipe de propreté d’une commune, pour les déchets de cette commune et de ses voisines [5] [8]. Elles traitent au plus près de l’endroit où les déchets sont produits.

Repas à emporter dans une boîte en carton

Ces 2 115 tonnes quotidiennes viennent des foyers, des restaurants, des cantines [3]. Chaque cuisine en porte une part. Je suis convaincu qu’une partie de la réponse se construit à cette échelle, sans attendre que tout soit réglé plus haut.

Et vous, savez-vous ce que deviennent vos déchets alimentaires ? Et que faudrait-il pour qu’ils soient traités plus près de l’endroit où ils sont produits ?

Philippe BERTIERI 江樂田 — Aurica Circular 歐瑞卡有限公司, Taichung


Sources

  1. FAO, communiqué sur la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture — https://www.fao.org/newsroom/detail/the-scourge-of-food-loss-and-waste-needs-to-be-urgently-tackled/fr
  2. FAO, International Day of Awareness of Food Loss and Waste, 29 September 2026 — https://www.fao.org/platform-food-loss-waste/flw-events/international-day-food-loss-and-waste/fr
  3. 環境部 (ministère de l’Environnement), rapport à la commission économique du Yuan législatif, 15 décembre 2025 — https://lis.ly.gov.tw/lydb/uploadn/114/1141215/302.pdf
  4. 環境資訊中心, « 2027年全面禁止廚餘養豬 每隻廚餘豬背後環環相扣的成本 » — https://e-info.org.tw/node/242635
  5. 公視《我們的島》, « 禁廚餘養豬後待解難題 廚餘篇 » — https://ourisland.pts.org.tw/content/11920
  6. 上下游 News&Market, « 黑水虻吃得下台灣廚餘嗎? » — https://www.newsmarket.com.tw/blog/232266/
  7. 中央社, 12 juin 2026 — https://www.cna.com.tw/news/ahel/202606120072.aspx ; reprise 經濟日報 — https://money.udn.com/money/story/5612/9562081
  8. 工商時報, « 黑水虻不再臭!和美鎮揭2大關鍵 » — https://www.ctee.com.tw/news/20260104700569-431401
  9. 環境資訊中心, « 一公斤蟲能吃10噸廚餘,產業卻卡關? » — https://e-info.org.tw/node/242663
  10. 聯合報 — https://udn.com/news/story/124635/9183793
  11. CABI Digital Library, Failure and Adaptation in Black Soldier Fly Larval Rearing on Hospital Food Waste in a Net-House System, 2026 (Universiti Putra Malaysia)
  12. 食力 foodNEXT — https://www.foodnext.net/science/technology/paper/6111147916
  13. Institute for Local Self-Reliance, Composting Makes $en$e: Jobs through Composting & Compost Use (Maryland, 2013) — https://ilsr.org/article/composting-for-community/composting-sense-tables/
  14. Zhang L. et al., « Carbon footprints of centralized and decentralized food waste utilization pathways », Renewable and Sustainable Energy Reviews, vol. 208, 2025 — https://ideas.repec.org/a/eee/rensus/v208y2025ics1364032124007664.html

Photos : Oktavianus Mulyadi et Tima Miroshnichenko, sur Pexels.